Keith Haring au MAMVP
Finalement Keith Haring (1958-1990) aurait été un gendre idéal. Il était généreux avec les enfants malades, était contre le Sida qui va le tuer, l’apartheid, le crack, le racisme. Il dénonçait les dangers du nucléaire, la destruction de l’environnement. On l’imagine poli avec les personnes âgées et généreux avec les pauvres … Voilà la thèse défendue dans cette très belle et très importante rétrospective présentée au Musée d'Art moderne de la ville de Paris, jusqu'au 18 août. Ce message nous est martelé à longueur de cartels et d’explications.

Mais comme on peut le lire dans la petite brochure distribuée à l’entrée de l’exposition : "Keith Haring n’a jamais considéré l’art comme un outil de propagande." Et l’artiste ajoute dans un écrit de 1989 : "Je peins des tableaux qui découlent de mes recherches. Je laisse à d’autres le soin de les déchiffrer, de comprendre leurs symboles et leurs implications. Je ne suis que l’intermédiaire." Et il ne donne pas, ou très rarement, de titres à ses oeuvres afin de ne pas influencer l'interprétation du spectateur.

A le voir accroché sur les murs blancs d’une institution aussi prestigieuse, on en oublierai presque la force et l’énergie de cet artiste. Sa technique élémentaire est compréhensible par tous : cerner des figures simples d’un trait noir, d’une ligne ininterrompue, dessiner des formes et des symboles revenants systématiquement. Durant sa courte carrière, il sera extrêmement actif, dessine en permanence sur tout ce qui lui tombe sous la main.

Malgré son entrée dans les plus grandes galeries en Europe et en Etats-Unis ou sa participation à la prestigieuse Documenta 7 (Allemagne, land de Hesse) en 1982, Keith Haring veut que son travail reste accessible au plus grand nombre. Entre 1980 et 1985, il réalise plus de 5000 dessins à la craie sur les panneaux noirs destinés à recevoir des affiches publicitaires du métro de New-York. Un art visible de tous gratuitement qui sort des galeries et descend dans la rue. Il ouvre, en 1986, un Pop Shop sur Lafayette Street qui propose des produits dérivés à l’effigie de son travail à des prix abordables. J'ai eu la chance de le visiter, mais a depuis fermé à cause de l'augmentation des prix des loyers à New-York.
A Pile of Crows for Jean-Michel Basquiat, 1988, Collection Keith Haring Foundation
Keith Haring ne vient pas de nulle part, c’est un maillon important dans la chaine du street art et du Bad painting américain. Il découvre très tôt le travail et les écrits de Jean Dubuffet ainsi que l’œuvre de Pierre Alechinsky qui vont l’influencer. Il collabore avec des artistes de street art, tisse des liens avec les artistes de la Figuration Libre en France et a exposé avec les plus grands comme Andy Warhol avec lequel il peint des toiles, Jean-Michel Basquiat qui était l'un de ses amis, Roy Lichtenstein ou Robert Rauschenberg.

Il faut aller voir cette exposition car il y a du sexe, des partouzes, de la violence ! Le marchand du temple et le séducteur ne sont jamais très loin et l’on prend plaisir à se faire manipuler par les couleurs vives, les formes primitives et le message simpliste de cet artiste.
Le Centquatre prolonge la rétrospective du musée d'Art moderne de la Ville de Paris en présentant des œuvres grand format, notamment l'une de ses plus importantes, Les Dix Commandements, créée en 1985, composée de dix panneaux de sept mètres de haut.





















