Kunst und Wunderkammer
Une exposition à ne pas rater à la Maison Rouge où Antoine de Galbert accueille la collection Olbricht qui couvre un spectre temporel du XVIème siècle à nos jours avec des thèmes récurrents comme le corps, la religion, la mort, la violence. Albert Dürer ou le baroque XVIIIème font face à Daniel Richter ou Kris Martin.
Beaucoup de photos comme la série de Nicholas Nixon qui en prend une tous les ans de sa femme et de ses trois sœurs depuis plus de trente ans que nous voyons vieillir année après année et l’on se demande avec angoisse si elles seront toujours quatre sur la suivante, des portraits de Cindy Sherman ou celui fascinant de Desirée Dolron qui s’inspire de la tradition picturale flamande du XVème siècle, tout en clair-obscur.
Une petite sculpture, très fine, de Johanna Karlsson, reprend le thème morbide de l’arbre aux pendus de la gravure de Jacques Callot sur Les Grandes Misères de la Guerre de 1633 et celle des frères Chapman sur un cauchemar de Goya, avec un squelette de soldat napoléonien, étripé, couvert de vers, pendu à un arbre.
La vidéo d’Antoine Roegiers prolonge, en les animant, les gravures de Pieter Breughel l’ancien sur Les Sept Péchés Capitaux de 1557.
La peinture n’est pas en reste avec un portrait très grand format hyperréaliste de Franz Gertsch ou une huile représentant une vanité sur une table de vivisection de Damien Hirst. Une toile que j’avais déjà vue cette année à Art Basel, de Thierry de Cordier, Rien de la croix, étrange peinture qui montre au premier abord un monochrome noir, mais qui très vite laisse deviner un Christ en croix recouvert de peinture noire effaçant son image (photo), dans un cadre ancien comme la toile d’origine, sans doute du 19ème. Geste iconoclaste qui en rappelle un autre emblématique dans l’histoire de l’art récente. En 1953, Robert Rauschenberg expose un dessin de De Kooning qu’il a lui-même effacé. Il marque ainsi sa volonté de changement en s’en prenant à l’une des figures de prou du style artistique dominant.
Une salle est consacrée aux vanités et rappelle à l’homme le caractère éphémère de son existence. Très belle salle dans laquelle les pièces anciennes côtoient naturellement les contemporaines… Fleurs, fruits, natures mortes, crânes humains, iconographie religieuse, cabinet de curiosités, avec, entre autre, une sphère d’Alastair Mackrie formée de crânes de souris ressemblant étrangement à de la dentelle …
Les références historiques sont nombreuses et souvent présentées à coté de l’œuvre contemporaine ce qui rend cette exposition pleine de surprises et passionnante.
A voir avant le 15 janvier 2012.

