les "année érotiques" de David Hamilton - Lili Castille
Lecteur amour, je ne te présente pas David Hamilton, cet immense photographe emblématique des années 1970 au style immédiatement reconnaissable : tu le connais sur le bout des doigts, je le sais.
Alors forcément quand on m’a invitée au vernissage de son expo « Les Années Érotiques » à la galerie ArtCube, j’ai immédiatement répondu un magistral « Oh ouiiiii génial, merci, j’y serai ! » ou un truc tout aussi débile de photo-fan (je ne retrouve plus le texto, pour te faire part avec exactitude de l’étendue de la niaiserie de ma réponse, et c’est tant mieux).
Le soir arrive enfin, j’ouvre la porte vitrée de la galerie et… QUEL SPECTACLE ! Une quarantaine de clichés érotiques inédits, les grands formats au rez-de-chaussée et les autres à l’étage inférieur. Du Hamilton dans le texte, mais pas seulement : son noir et blanc et ses couleurs pastel, son doux flouté, ses ambiances vaporeuses, son infinie délicatesse, une lumière intemporelle, ce grain presque palpable, mais aussi un émouvant sens du mouvement, et certains clichés arborant des touches de couleurs plus franches, qui ont un je ne sais quoi de certains nus de Ingres…
L’intemporalité, c’est bien ce qui caractérise l’harmonie et la puissance de ces corps alanguis, aux courbes précises et précieuses. Un spectacle émouvant, émoustillant mais jamais vulgaire. Une beauté nature, œuvre d’un photographe qui travaille simplement avec son appareil, à la seule lumière du jour, sans sophistication ni artifice. Sa marque de fabrique.
Ce soir-là, je suis arrivée tôt au vernissage, avant la cohue générale (un monde de folie !) et j’ai collé mon nez aux premiers clichés qui m’ont happée dès les premières secondes et puis l’organisateur de l’expo m’accoste gentiment et me demande :
- « Vous avez vu l’artiste ? » (ceci dit, on ne s’est pas vouvoyés longtemps)
Et là j’ai pensé : il me prend pour une cruche ? Oui mec, tu vois bien, j’ai le nez collé à sa photo :
- « Euh oui, je viens d’arriver, c’est absolument magnifique… »
- « Non mais David Hamilton, il est là, il est présent dans la salle ! »
Donc, là, je vais essayer de raconter ce qui s’est réellement passé en sachant qu’à partir de ce moment précis je n’ai plus rien entendu autour de moi, je ne sais même pas si j’ai répondu à mon interlocuteur (bisou bisou Jonathan et merci !), j’ai tourné ma tête en mode radar et scanné toute la surface de la salle, toujours les bouchons dans les oreilles, et je l’ai vu, un petit homme très élégant, le teint hâlé, un chapeau noir à peine posé sur la tête. J’ai avancé jusqu’à lui, sans jamais le quitter des yeux, me frayant un chemin parmi la foule qui commençait à affluer, et je me suis plantée là, de biais devant lui, fixant ses lèvres en attendant sagement qu’il termine sa conversation. Puis, sans savoir ce que j’allais lui dire, je lui ai tendu la main, étiré mon plus grand sourire et sorti un truc absolument trop débile SANS JAMAIS LUI LACHER LA MAIN, un morceau de bavure dont je me rappelle uniquement certains passages :
- « Congratulations… thank you for all this beauty (j’ai quand même évité le merci d’exister ! Non mais j’aurais pu, je vous jure !)… such harmony… this unique timeless light… just thank you… Thank you… ». La honte.
- « Oh ! Thank you ! » il m’a répondu en me souriant de tout son visage et me lançant ses petits yeux perçants en pleine poire et, surtout, en me laissant gentiment sa main dans la mienne.
- « Sorry for my English but it’s the émotion… mais bon j’aurais pu vous dire tout ça en français, je sais que vous le parlez bien, ça fait un petit moment vous vivez en France… »
- « Oui, je pearle frençais oun petit peu » qu’il m’a répondu, avec son accent British sooo chic… Et là, j’était cuite come une carotte. Je l’ai remercié une fois de plus (si si, la lose) et je suis repartie.
Mais je ne suis pas repartie les mains vides, lecteur chéri : je t’ai ramené quelques photos inédites des Années Érotiques. Je te conseille toutefois vivement d’aller les découvrir en grand et en vrai, ainsi que tous les autres clichés qui s’offrent à toi jusqu’à la fin du mois de mars. Une pure merveille.
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